Poésie, poètes, ressources et plus

  • Nuit de Siné

    Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.

    Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne

    À peine. Pas même la chanson de nourrice.

    Qu’il nous berce, le silence rythmé.

    Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons

    Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.
    Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale

    Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes

    Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère

    Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des choeurs alternés.
    C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe

    S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.

    Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?

    Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.
    Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.

    Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés

    Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.

    Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices

    Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant

    Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à

    Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil. Continuer la lecture

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  • Je suis seul

    Je suis seul dans la plaine

    Et dans la nuit

    Avec les arbres recroquevillés de froid

    Qui, coudes au corps, se serrent les uns tout contre les

    autres.
    Je suis seul dans la plaine

    Et dans la nuit

    Avec les gestes de désespoir pathétique des arbres

    Que leurs feuilles ont quittés pour des îles d’élection.
    Je suis seul dans la plaine

    Et dans la nuit.

    Je suis la solitude des poteaux télégraphiques

    Le long des routes

    Désertes. Continuer la lecture

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  • Deux ancolies se balançaient…

    Deux ancolies se balançaient sur la colline.

    Et l’ancolie disait à sa sœur l’ancolie :

    Je tremble devant toi et demeure confuse.

    Et l’autre répondait : si dans la roche qu’use

    l’eau, goutte à goutte, si je me mire, je vois

    que je tremble, et je suis confuse comme toi.
    Le vent de plus en plus les berçait toutes deux,

    les emplissait d’amour et mêlait leurs cœurs bleus. Continuer la lecture

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  • Vieille maison…

    À Odilon Redon
    Neige endolorissante et morne, tu déroules

    Ta nappe liliale au toit cher que je sais,

    Neige endolorissante, ô neige qui t’écroules !
    Et la maison vieillote aux carreaux verts cassés

    A des airs de jeunesse et de pâle frileuse

    Et ne se souvient plus des contes jacassés :
    Des contes jacassés, au soir, par la fileuse,

    En la cuisine antique où le pot noir chantait

    Au rauque dévidoir sa chanson douce et creuse.
    La chandelle en résine en un coin crépitait.

    Près de la plaque en fer, les cris-cris aux cris grêles

    S’enfuyaient dans la suie et le matou grondait.
    Maintenant, dans le vieux salon, les herbes frêles,

    Les avoines ornant les vases surannés,

    Ne se souviennent plus des champs fauchés des grêles :
    Et des plumes de paon, des bimbelots fanés,

    Sont là qu’un bisaïeul rapporta de la Chine

    D’où, jadis, bien des gens revinrent ruinés.
    Comme alors un gros chat plie en arc son échine

    Et cligne en grommelant de longs yeux mordorés

    – Et miaule, et l’on voit une expression fine
    En les blancs, solennels regards des hauts portraits. Continuer la lecture

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  • Parfois, je suis triste…

    Parfois, je suis triste. Et, soudain, je pense à elle.

    Alors, je suis joyeux. Mais je redeviens triste

    de ce que je ne sais pas combien elle m’aime.

    Elle est la jeune fille à l’âme toute claire,

    et qui, dedans son cœur, garde avec jalousie

    l’unique passion que l’on donne à un seul.

    Elle est partie avant que s’ouvrent les tilleuls,

    et, comme ils ont fleuri depuis qu’elle est partie,

    je me suis étonné de voir, ô mes amis,

    des branches de tilleuls qui n’avaient pas de fleurs. Continuer la lecture

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  • On dit qu’à Noël…

    À Mademoiselle M. R.
    On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,

    l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.

    Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :

    les étoiles font un reposoir et sont des roses.
    L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.

    On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont

    un grand mystère sous leurs humbles fronts.

    Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.
    Ils sont les amis des grandes prairies luisantes

    où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent

    auprès des marguerites pour qui c’est dimanche

    tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.
    Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes

    qui chantent une sorte de petite messe

    délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes

    et les fleurs des trèfles les admirables cierges.
    L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela

    parce qu’ils ont une grande simplicité

    et qu’ils savent bien que toutes les vérités

    ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.
    Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles

    volent comme de petits morceaux de soleil,

    je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette

    de petits pantalons en étoffe grossière.
    Et je veux que le bœuf qui, aussi, parle au Bon Dieu,

    ait, entre ses cornes, un bouquet frais de fougères

    qui préserve sa pauvre tête douloureuse

    de l’horrible chaleur qui lui donne la fièvre.
    1897. Continuer la lecture

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  • Je parle de Dieu…

    Je parle de Dieu — mais pourtant

    est-ce que j’y crois ? — À cinq ans

    on me disait : tiens un croquant…
    Va le manger avec Marie

    aux vêpres. Sois bien sage et prie

    le bon Dieu, la vierge Marie.
    — Puis c’était la procession

    que la bonne et moi nous suivions,

    et de belles fleurs en coton
    dans des vases de loterie.

    Les petites filles fleuries

    jetaient en l’air des fleurs jolies.
    Je levais la tête pour voir

    le curé, le grand ostensoir

    qui luisait sur le reposoir.
    Et on chantait : ô bonne vierge !

    Ô lis sans tache ! Fleur des berges !

    — Et l’on voyait briller des cierges.
    Et l’on jetait encor des fleurs,

    et l’on chantait : prenez mon cœur,

    notre Dame des sept douleurs !
    Le curé était magnifique

    levant les bras pour les cantiques.

    Et j’entendais dans ces cantiques :
    tu-u-us… tu uus…

    Ritus…. … uum

    Us… .. tuus.
    Et l’on jetait encor des roses.

    Les femmes pleuraient presque à cause

    de ces si belles, belles choses.
    Je voyais le petit Jésus

    à Noël, dans la crèche, nu.

    L’âne regardait par-dessus.
    Et maman disait : les rois mages

    portent la myrrhe, les images

    au petit Jésus qui est sage.
    Et je croyais que Dieu était

    un vieux tout blanc qui vous donnait

    toujours ce qu’on lui demandait.
    Ça m’est bien égal, ceux qui disent

    qu’il existe ou non — car l’église

    du village était douce et grise.

    1888. Continuer la lecture

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  • Je m’embête…

    Je m’embête ; cueillez-moi des jeunes filles

    et des iris bleus à l’ombre des charmilles

    où les papillons bleus dansent à midi,

    parce que je m’embête

    et que je veux voir de petites bêtes

    rouges sur les choux, les ails (on dit aulx), les lys.

    Je m’embête.
    Ces vers que je fais m’embêtent aussi,

    et mon chien se met à loucher, assis,

    en écoutant la pendule

    qui l’embête comme je m’embête.

    Vraiment ces trois cils de ce chien de chasse,

    de ce chien de poète,

    sont cocasses.
    Je voudrais savoir peindre. Je peindrais

    une prairie bleue, avec des mousserons,

    où des jeunes filles nues danseraient en rond

    autour d’un vieux botaniste désespéré,

    porteur d’un panama et d’une boîte verte

    et d’un énorme filet à papillons

    vert.
    Car j’apprécie les jeunes filles

    et les gravures excessivement coloriées

    où l’on voit un vieux botaniste éreinté

    qui longe un torrent et se dirige

    vers l’auberge. Continuer la lecture

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  • Pourquoi

    Pourquoi battre le rappel

    Du jazz imagination

    De la bamboula des paroles

    Au clair de ma jeunesse ?
    Renvoyons l’harmonie tumultueuse des hanches,

    La frénésie des seins bondissant et bramant

    À travers les forêts parfumées,

    Renvoyons les longs jours titubants, ivres de vin.
    Pauvre convalescent,

    Dévêtons-nous de violence.

    Seulement un peu d’air vert et vif

    Et léger, comme une mousseline

    Autour de nous, n’est-ce pas ?

    Et le repos tranquille,

    Calme,

    Sous le tiède soleil d’une affection sororale. Continuer la lecture

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  • Ce sont les travaux…

    Ce sont les travaux de l’homme qui sont grands :

    celui qui met le lait dans les vases de bois,

    celui qui cueille les épis de blé piquants et droits,

    celui qui garde les vaches près des aulnes frais,

    celui qui fait saigner les bouleaux des forêts,

    celui qui tord, près des ruisseaux vifs, les osiers,

    celui qui raccommode les vieux souliers

    près d’un foyer obscur, d’un vieux chat galeux,

    d’un merle qui dort et des enfants heureux ;

    celui qui tisse et fait un bruit retombant,

    lorsque à minuit les grillons chantent aigrement ;

    celui qui fait le pain, celui qui fait le vin,

    celui qui sème l’ail et les choux au jardin,

    celui qui recueille les oeufs tièdes. Continuer la lecture

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  • Un nuage est une barre…

    Un nuage est une barre noire

    au-dessus des pins en nuit,

    vers six heures. Le ciel luit

    au fond, comme la mer, le soir.
    Si tu étais une palombe,

    et si j’étais un petit lièvre,

    je me coucherais dans l’ombre

    douce, violette et longue.
    J’aplatirais mes oreilles

    sur mon dos luisant, et toi

    tu avancerais et retirerais

    ton cou bleu en savon et en ardoise.
    Les hommes tristes viendraient

    pleins de haches et de fusils

    prendre la résine dorée

    aux pins remplis d’écaillis.
    Tu n’es pas une palombe,

    et je ne suis pas un lièvre.

    Étends-toi sur l’ombre longue

    des pins longs sur la fougère.
    Les aiguilles des pins noirs,

    amères, vertes mais noires,

    tomberont sur ta peau douce

    qui glisse comme la mousse.
    Tu te mettras toute nue

    où il y a des bruyères

    et au loin les petits lièvres

    bondiront, boulés, pattus.
    Le monde est bon et très doux,

    les petits lièvres aussi,

    et les grands nuages gris,

    les palombes et le houx.
    Les paysans tristes, sauvages,

    sont doux comme les palombes,

    mais ils les tuent et les plombs

    font saigner les plumes sages.
    1894. Continuer la lecture

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