Poésie, poètes, ressources et plus

  • Le Croup

    Alors Hérode envoya tuer dans Bethléem

    Et dans les pays d’alentour les enfants de

    Deux ans et au-dessous.

    Saint Matthieu, III.
    I
    Dans son petit lit, sous le rayon pâle

    D’un cierge qui tremble et qui va mourir,

    L’enfant râle.

    Quel est le bourreau qui le fait souffrir ?
    Quel boucher sinistre a pris à la gorge

    Ce pauvre agnelet que rien ne défend ?

    Qui l’égorge ?

    Qui sait égorger un petit enfant ?
    Sombre nuit ! La chambre est froide. On frissonne.

    Dans l’âtre glacé fume un noir tison.

    L’heure sonne.

    Le vent de la mort court dans la maison.
    II
    Aux rideaux du lit la mère s’accroche.

    Elle est nue. Elle est pâle. Elle défend

    Qu’on l’approche :

    Elle veut rester seule avec l’enfant.
    Son fils ! Il faut voir comme elle lui cause !

    « Ami, ne meurs pas. Je te donnerai

    « Quelque chose ;

    « Ami, si tu meurs, moi je pleurerai. »
    Et pour empêcher que l’oiseau s’envole,

    Elle lui promet du mouron plus frais…

    Pauvre folle !

    Comme si l’oiseau s’envolait exprès.
    Le père est debout dans l’ombre. Il se cache,

    Il pleure. On l’entend dire en étouffant :

    « Ô le lâche

    « Qui n’ose pas voir mourir son enfant ! »
    Dans un coin, l’aïeul accroupi par terre

    Chante une gavotte, et quand on lui dit

    De se taire,

    Il répond : « Hé ! hé ! j’endors le petit. »
    III
    Le cierge s’éteint près du lit qui sombre…

    Un râle de mort, un cri de douleur,

    Et dans l’ombre

    On entend quelqu’un fuir comme un voleur.
    Qui va là ? Qui vient d’ouvrir cette porte ?…

    Courons ! C’est un spectre armé d’un couteau,

    Il emporte

    Le petit enfant dans son grand manteau.
    Oh ! je te connais, – ne cours pas si vite,

    Massacreur d’enfants ! Je t’ai reconnu

    Tout de suite

    À ton manteau rouge, à ton couteau nu.
    Hérode t’a fait ce legs effroyable.

    Tu portes sa pourpre et son yatagan.

    Vas au diable

    Comme Hérode, spectre, assassin, forban ! Continuer la lecture

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  • On m’éreinte…

    À Raymond Bonheur.
    On m’éreinte dans le Musée des familles,

    moi qui chante les anciens magazines

    et les rires charmants des jeunes filles

    qui le lisaient à l’ombre des charmilles.
    Une d’elles, rêveuse, et ses yeux bleus au ciel,

    le coude à son genou et la main au menton,

    songeait à ce cousin : Eudore des Courcels,

    qui montait à cheval parfaitement (disait-on).
    Plus d’une fois, dans son pupitre, au Sacré-Cœur,

    près des pensées mortes de son jardin mélancolique,

    elle ouvrait le Musée, en cachette, pour lire

    la suite du Diable au fumoir (?) ou de Fors l’honneur (?).
    Mais, dans un numéro, à la cinquième page,

    une illustration représentait un page

    qui, dans la langueur des jardins d’Espagne,

    parlait d’amour à une douce et longue dame.
    Et ce page ressemblait à ce cousin.

    Et c’est pourquoi la maîtresse générale, Madame de Grieul,

    voyant l’enfant songeuse l’avait en grand soin

    et lui donnait de la mélisse ou du tilleul.
    Puis un jour le roman du Musée des familles

    finissait, ainsi qu’un baiser dans un beau soir.

    Et puis, un autre jour, la mère de Camille

    faisait mander sa chère enfant dans le parloir :
    Mon enfant, j’ai une nouvelle heureuse à t’apprendre.

    Nous serons tous de noce à la fin de l’automne…

    Céline m’a appris le mariage d’Eudore…

    il épouse Cora… ils vivront à la Butte-Grande…
    … À propos, ajoutait la mère : ton cousin

    va s’absenter et a peur que Cora ne s’ennuie…

    Où as-tu laissé ce Musée des familles

    qui t’intéressait tant, celui de 45 ?
    Alors l’enfant ne pouvait plus se retenir.

    Son sein gonflé d’orage éclatait en sanglots…

    Et elle répondait, en hoquetant, ces mots :

    l’année 45, elle est dans mon pupitre. Continuer la lecture

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  • Une vieille lune

    Moi.

    Chère infidèle ! eh bien, qu’êtes-vous devenue ?

    Depuis quinze grands jours vous n’êtes pas venue !

    Chaque nuit, à l’abri du rideau de satin,

    Ma bougie en pleurant brûle jusqu’au matin ;

    Je m’endors sans tenir votre main adorée,

    Et lorsque vient l’Aurore en voiture dorée,

    Je cherche vainement dans les plis des coussins

    Les deux nids parfumés où s’endorment vos seins,

    Comme de doux oiseaux sur le marbre des tombes.

    Qu’en faisiez-vous là-bas de ces blanches colombes ?

    Et tu ne m’aimes plus.
    Évohé.

    Je vous aime toujours.
    Moi.

    Que faisais-tu, rivale en fleur des Pompadours ?

    Un corset un peu juste, une étroite chaussure

    Ont-ils égratigné d’une rose blessure

    Tes beaux pieds frissonnants comme des lys pâlis ?

    Un drap trop dur, froissé par tes ongles polis,

    A-t-il enfin meurtri, dans ses neiges tramées,

    Ces bijoux rougissants, pareils à des camées ?

    As-tu brisé ta lyre en chantant Kradoudja ?

    Ou bien, dans ces doux vers que l’on aimait déjà,

    Ta soubrette Cypris a-t-elle, d’aventure,

    En te frisant le soir, plié ta chevelure ?

    As-tu perdu ta voix et ton gazouillement ?
    Évohé.

    Je suis harmonieuse et belle, ô mon amant !

    Le drap tissu de neige et la chaussure noire

    N’a pas mordu mes pieds ni mes ongles d’ivoire ;

    Ma soubrette Cypris, qui m’aime quand je veux,

    N’a pas coupé nos vers pour plier mes cheveux ;

    On admire toujours les cent perles féeriques

    Et les purs diamants de mes écrins lyriques :

    Les Éros voletants me servent d’échansons,

    Et ma lyre d’argent est pleine de chansons.
    Moi.

    Pourquoi donc as-tu fui la guerre, qui s’aggrave ?

    On reprend Abufar et Lucrèce, on te brave !

    Pends-toi, grillon ! Lucrèce, enfin deux Abufar !

    Et ce Bache espagnol ivre de nénuphar,

    Damon, ce grand auteur dont la muse civile

    Enchanta si longtemps et Lecourt et Clairville,

    Est photographié pour ses talents divers.

    Le Tarn au loin gémit et demande tes vers.
    Évohé.
    N’as-tu donc point appris la fameuse nouvelle

    Que l’aveugle Déesse, en enflant sa grande aile,

    Emporte aux quatre coins de l’univers connu ?
    Moi.

    Non.
    Évohé.

    Tremblez, terre et cieux ! Le maître est revenu.

    Némésis-Astronome assemble ses vieux braves,

    Barberousse s’abat au milieu des burgraves,

    Barthélemy rayonne, allumant son fanal,

    Cloué, dernier pamphlet, à son dernier journal !
    Sa muse a, réveillant la satire latine,

    Comme un Titan vaincu foudroyé Lamartine ;

    Pareille aux grands parleurs d’Homère et de Hugo,

    Des rocs du feuilleton, la dure virago

    Sur ce cygne plus doux que les cygnes d’Athènes

    Fait couler à grand bruit ces paroles hautaines :

    « Rimeur, que viens-tu faire au milieu du forum ?

    Cet acte audacieux blesse le décorum.

    Reste avec tes pareils ! Les gens de ta séquelle

    Ne sont bons qu’à rimer une ode, telle quelle !

    Tu chantes l’avenir ! le présent est meilleur.

    Ce qui te convenait, ô divin rimailleur,

    C’était, ambitieux du laurier de Pindare,

    D’aller au mont Horeb pincer de la guitare

    Pour ton roi légitime, ou plutôt d’arranger

    Des vers de confiseur au Fidèle-Berger.

    Mais ta loi sociale est une rocambole,

    Et Fourier n’est qu’un âne à côté de Chambolle.

    Tombe ! et, le front meurtri par mon divin talon,

    Souviens-toi désormais d’admirer Odilon. »

    Ainsi par ses gros vers, Némésis-Astronome,

    Du poëte sacré, déjà plus grand qu’un homme,

    A brisé fièrement les efforts superflus.
    Moi.

    Tiens ! je n’en savais rien.
    Évohé.

    Lamartine non plus.

    Bois, ô mon jeune amant ! les larmes que je pleure.

    Si Némésis renaît, il faut donc que je meure ?
    Moi.

    Ta lèvre a le parfum du rosier d’Orient

    Où l’Aurore a caché ses perles en riant ;

    Cette bouche folâtre est pleine de féeries,

    Et, comme un voyageur dans des plaines fleuries,

    Mon cœur s’est égaré parmi ses purs contours.
    Évohé.

    Si je chantais encor, m’aimeriez-vous toujours ?
    Moi.

    Eh ! que nous fait à nous Némésis-Astronome ?

    Nous, et Barthélemy que le siècle renomme,

    Nous avons deux tréteaux dressés sous le ciel bleu,

    Deux magasins d’esprit : le sien ressemble à feu

    Le Théâtre-Français ; une loque de toile

    Y représente Rome ou bien l’Arc-de-l’Étoile,
    Au choix. Sur le devant, de lourds alexandrins,

    Portant tout le harnois classique sur les reins,

    Casaques abricot, casques de tragédie,

    Déclament, et s’en vont quand on les congédie :

    Ce genre sérieux n’a pas un grand succès ;

    On y bâille parfois, mais c’est l’esprit français ;

    Cela craque partout, mais c’est la bonne école,

    Et cela tient toujours avec un peu de colle.

    Si quelque spectateur pourtant semble fâché,

    On lui répond : Voltaire ! et le mot est lâché.

    Mais nous, nous travaillons pour un peuple folâtre.

    En haillons ! En plein vent ! Nous sommes le théâtre

    A quatre sous, un bouge. Aux regards des titis

    Nous offrons éléphants, diables et ouistitis :

    Dans notre drame bleu, la svelte Colombine

    A cent mille oripeaux pour cacher sa débine.

    Ses paillettes d’argent et son vieux casaquin

    Éblouissent encor ce filou d’Arlequin ;

    On y mord, et parfois la gorge peu sévère

    Sort de la robe, et luit sous les colliers de verre.

    Sur ce petit théâtre où le bon goût n’est pas,

    L’invincible Pierrot se démène à grands pas ;

    Et quand le vieux Cassandre y passe à l’étourdie,

    Au lieu de feindre un peu, comme la Tragédie,
    De percer d’un poignard ce farouche barbon,

    Il lui donne des coups de trique, pour de bon !

    Sur cette heureuse scène, on voit le saut de carpe

    Après le saut du sourd ; et Rose, sans écharpe,

    S’y montre à ce public trois fois intelligent,

    Faisant la crapaudine au fond d’un plat d’argent.

    La fée Azur, tenant le diable par les cornes,

    Y court dans son char d’or attelé de licornes ;

    L’ange y dévore en scène un cervelas ; des feux

    De Bengale, des feux charmants, roses et bleus,

    Embrasent de rayons cette aimable folie,

    Et l’on y voit passer Rosalinde et Célie !
    Évohé.

    Eh bien ! donc, à vos rangs, Guignols et Bilboquets !

    Ouvrons la grande porte ! allumons les quinquets !

    Mets ton collier de strass, reine de Trébizonde !

    Entrez, entrez, messieurs ! Entrez ! suivez le monde !

    Hurrah, la grosse caisse, en avant ! Patapoum !

    Zizi, boumboum ! Zizi, boumboum ! Zizi, boumboum !

    Venez voir Colombine et le Génie, ou l’Hydre

    En mal d’enfant ! Orgeat, de la bière, du cidre !
    Février 1846. Continuer la lecture

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  • Sous bois

    Un malheureux, il est vrai, bachelier ès lettres,

    Mais fort triste, nourri par les seuls hexamètres,

    Et dans le bois riant, au milieu des ronds d’ifs,

    Hanté par les supins et par les gérondifs,

    Un loqueteux, marqué d’avance pour la tombe,

    Ayant son habit noir plus blanc qu’une colombe,

    Et tordu comme un cep de vigne, un avorton

    Mal venu, tourmentait du bout de son bâton

    Dans l’herbe drue et dans les fleurs, une charogne.

    Ce lettré, mangé par la gale et par la rogne,

    Disait — vain discours, moins murmuré que rêvé:

    Que diable peut-on faire avec un chien crevé?

    Et songeait combien peu, dans cette pourriture,

    Sourit le bifteck, cher à la littérature.

    Et le Gueux, dont la peste aurait fait son époux,

    Avec son autre main, libre, grattait ses poux.

    A ce moment, parut la belle Cyprienne,

    Glorieuse, avec sa démarche aérienne,

    Qui, voyant le maudit, fit un geste d’horreur.

    Mais il dit: En effet, madame, ce doreur,

    Le matin rougissant, vous baise et vous caresse;

    Vous êtes Joie, Orgueil, Beauté, Grâce, Paresse;

    Vos regards fulgurants, pareils à deux brasiers,

    Font palpiter d’amour les coeurs extasiés,

    Et quand on voit les fleurs de vos lèvres éclore,

    On croit facilement que vous êtes l’Aurore.

    Votre chair est pareille à des fleurs de lotus.

    Cléopâtre, sous la figure de Vénus,

    C’est vous-même. C’est vous Hélène, aux jours de Troie.

    Bienheureux le vainqueur dont vous êtes la proie!

    Sur votre sein charmant vous avez plus de lys

    Que n’en ont eus Phryné, Cléopâtre et Laïs;

    C’est pour vous que Louis, Roi-Soleil, eût pris Dôle,

    Et vous auriez été la femme de Candaule.

    Vivre est délicieux, mais vous voir est plus doux.

    Pourtant, rayon, clarté, perle, souvenez-vous

    Que la rose est mortelle, et que tout se termine

    Par de la pourriture et par de la vermine.
    Vendredi, 15 juillet 1887. Continuer la lecture

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  • A Monsieur du Pin

    Ode burlesque.

    Cher du PIN, je suis indigent
    Plus que le party de la Fronde ;
    Je n’ay point d’or et moins d’argent
    C’est le plus grand malheur du monde.

    Et tu me voudrois conseiller
    De faire quelque Comedie ?
    Il est mal aisé de railler
    Quand peu s’en faut qu’on ne mandie.

    Nostre Roy, qui, sans le vanter,
    Vaut bien l’heritier de Pelée,
    Peut, s’il le veut, resusciter
    La joye en ma teste pelée.

    Quand sa Majesté me feroit
    Quelque bienfait considerable,
    Grand Roy pas moins il n’en seroit,
    Et j’en serois moins pauvre Diable. […] Continuer la lecture

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  • Un voyage à Cythère

    Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
    Et planait librement à l’entour des cordages ;
    Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
    Comme un ange enivré d’un soleil radieux.

    Quelle est cette île triste et noire ? C’est Cythère,
    Nous diton, un pays fameux dans les chansons,
    Eldorado banal de tous les vieux garçons.
    Regardez, après tout, c’est une pauvre terre.

    Ile des doux secrets et des fêtes du coeur !
    De l’antique Vénus le superbe fantôme
    Audessus de tes mers plane comme un arôme,
    Et charge les esprits d’amour et de langueur.

    Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
    Vénérée à jamais par toute nation,
    Où les soupirs des coeurs en adoration
    Roulent comme l’encens sur un jardin de roses

    Ou le roucoulement éternel d’un ramier !
    Cythère n’était plus qu’un terrain des plus maigres,
    Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
    J’entrevoyais pourtant un objet singulier !

    Ce n’était pas un temple aux ombres bocagères,
    Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
    Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
    Entrebâillant sa robe aux brises passagères ;

    Mais voilà qu’en rasant la côte d’assez près
    Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
    Nous vîmes que c’était un gibet à trois branches,
    Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.

    De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
    Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
    Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
    Dans tous les coins saignants de cette pourriture ;

    Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
    Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
    Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,
    L’avaient à coups de bec absolument châtré.

    Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
    Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
    Une plus grande bête au milieu s’agitait
    Comme un exécuteur entouré de ses aides.

    Habitant de Cythère, enfant d’un ciel si beau,
    Silencieusement tu souffrais ces insultes
    En expiation de tes infâmes cultes
    Et des péchés qui t’ont interdit le tombeau.

    Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes !
    Je sentis, à l’aspect de tes membres flottants,
    Comme un vomissement, remonter vers mes dents
    Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes ;

    Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
    J’ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
    Des corbeaux lancinants et des panthères noires
    Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.

    Le ciel était charmant, la mer était unie ;
    Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
    Hélas ! et j’avais, comme en un suaire épais,
    Le coeur enseveli dans cette allégorie.

    Dans ton île, ô Vénus ! je n’ai trouvé debout
    Qu’un gibet symbolique où pendait mon image…
    Ah ! Seigneur ! donnezmoi la force et le courage
    De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût !

    Les fleurs du mal Continuer la lecture

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  • Toute la vie d’un coeur – 1819

    Or, nous cueillions ensemble la pervenche.

    Je soupirais, je crois qu’elle rêvait.
    Ma joue à peine avait un blond duvet.
    Elle avait mis son jupon du dimanche ;
    Je le baissais chaque fois qu’une branche
    Le relevait.

    Et nous cueillions ensemble la pervenche.

    Le diable est fin, mais nous sommes bien sots.
    Elle s’assit sous de charmants berceaux
    Près d’un ruisseau qui dans l’herbe s’épanche ;
    Et vous chantiez dans votre gaîté franche,
    Petits oiseaux.

    Et nous cueillions ensemble la pervenche.

    Le paradis pourtant m’était échu.
    En ce moment, un bouc au pied fourchu
    Passe et me dit : Penchetoi. Je me penche.
    Anges du ciel ! je vis sa gorge blanche
    Sous son fichu !

    Et nous cueillions ensemble la pervenche.

    J’étais bien jeune et j’avais peur d’oser.
    Elle me dit : Viens donc te reposer
    Sous mon ombrelle, et me donna du manche
    Un petit coup, et je pris ma revanche
    Par un baiser.

    Et nous cueillions ensemble la pervenche.

    Toute la lyre Continuer la lecture

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  • Lorsque tu cherches tes puces

    Lorsque tu cherches tes puces, C’est très rigolo. Que de ruses, que d’astuces ! J’aime ce tableau. C’est, alliciant en diable Et mon cœur en bat D’un battement préalable À quelque autre ébat Sous la chemise tendue Au large, à deux mains Tes yeux scrutent l’étendue Entre tes durs seins. Toujours tu reviens bredouille, D’ailleurs, de ce jeu. N’importe, il me trouble et brouille, Ton sport, et pas peu ! Lasse-toi d’être défaite Aussi sottement, Viens payer une autre fête À ton corps charmant Qu’une chasse infructueuse Par monts et par vaux. Tu seras victorieuse… Si je ne prévaux ! Continuer la lecture

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  • Ô traistres vers, trop traistre contre moy

    Ô traistres vers, trop traistres contre moy,
    Qui souffle en vous une immortelle vie,
    Vous m’apastez et croissez mon envie,
    Me déguisant tout ce que j’apperçoy.

    Je ne voy rien dedans elle pourquoy
    A l’aimer tant ma rage me convie :
    Mais nonobstant ma pauvre ame asservie
    Ne me la feint telle que je la voy.

    C’est donc par vous, c’est par vous traistres carmes,
    Qui me liez moy mesme dans mes charmes,
    Vous son seul fard, vous son seul ornement,

    Ja si long temps faisant d’un Diable un Ange,
    Vous m’ouvrez l’oeil en l’injuste louange,
    Et m’aveuglez en l’injuste tourment.

    Contr’amours Continuer la lecture

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  • Postface à des dessins de topor

    Inutile, donc, de se demander, en regardant les dessins de Topor: mais où va-t-il chercher tout ça!
    Tous les « menus incidents » arrivant à ses lointains prochains, ses semblables et surtout ses dissemblables, s’il les décrit avec une telle précision, c’est sans nul doute l’humour de Dieu qui l’inspire.
    C’est pourquoi il sait discerner le malicieux clin d’œil divin dans la tombe de Caïn, tout aussi bien que le sourire en coin du Grand Humoriste dans l’incendie du Bazar de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, comme dans celui du Reichstag.
    Et le même sourire secret devant le Massacre des Innocents, les Dragonnades, l’exécution de Sacco et Van-zetti, ou les joyeuses fusillades préludant aux somptueux Jeux olympiques de Mexico.
    De même, il réalise fort bien que si les forteresses volantes ne sont pas châteaux en Espagne, c’est pour les meilleures, les plus divertissantes raisons du monde, et que les bombes à ailettes, les grenades à billes, ne sont que de facétieux et inoffensifs gadgets. Éventrés, les enfants du Vietnam, mourant de faim, ceux du Biafra, même s’ils ne sont pas prédestinés, disparaissent en pleine euphorie, le sourire aux lèvres, sachant bien que tout ça n’est pas sérieux, que c’est à mourir de rire.
    Les dessins de Topor sont les dessins de la Providence, et plus tard, nos petits enfants de la Patrie, s’il en reste, ne devront pas se montrer surpris s’il leur arrive, en consultant, au Catéchisme, la nomenclature du Calendrier des Bienheureux, d’y trouver Saint Topor aux côtés de Sainte Opportune.

    A moins que d’ici là il ne tourne mal et passe à l’ennemi du Bien, Satan, l’ennemi crochu que ma petite fille, il y a des années, appelait irrévérenpieusement Merdezuth. Ce n’est pas à souhaiter, mais on frémit en pensant qu’il suffirait peut-être d’un mouvement de mauvais humour. Comme chacun sait ce que tout le monde ignore, Dieu est autodidacte mais néanmoins grand polygraphe et non moins grand autobiographe. Se proclamant auteur du Monde, un grand ouvrage, il prétend s’en réserver tous les droits, mais sous la table des matières, Diable se cache et la fait tourner à l’envers. Alors, si par malheur il venait à Topor l’idée maléfique d’orner ce livre inestimable de graffiti bêtes et méchants plus question pour lui de canonisation.
    Maudit, il redeviendrait semblable à lui-même, comme l’enfant solitaire évoqué par Samuel Beckett dans « Fin de Partie ».
    « Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant solitaire qui se met à plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, et parler ensemble, dans la nuit. »
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  • Contre ses parents

    Sonnet irrégulier.

    A Monsieur Moreau.

    Oui, Moreau, ma façon de vivre
    Est de voir peu d’honnêtes gens
    Et prier Dieu qu’il me délivre
    Surtout de messieurs mes parents.

    Ce que j’ai souffert avec eux
    Surpasse même la souffrance
    De celui qui, pour sa constance,
    Dans l’Écriture est si fameux.

    Hélas ! ce sage misérable
    N’eut jamais affaire qu’au diable
    Qui le mit nu sur son fumier.

    Pour voir sa patience entière,
    Il fallait que Job eût affaire
    Aux deux soeurs de Monsieur Lhuillier. Continuer la lecture

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