Poésie, poètes, ressources et plus

  • Il y a par là…

    Il y a par là un vieux château triste et gris

    comme mon cœur, où quand il tombe de la pluie

    dans la cour abandonnée des pavots plient

    sous l’eau lourde qui les effeuille et les pourrit.
    Autrefois, sans doute, la grille était ouverte,

    et dans la maison les vieux courbés se chauffaient

    auprès d’un paravent à la bordure verte

    où il y avait les quatre saisons coloriées.
    On annonçait les Percival, les Demonville

    qui arrivaient, dans leurs voitures, de la ville.

    Et dans le vieux salon soudain plein de gaîté,

    les vieux se présentaient leurs civilités.
    Puis les enfants allaient jouer à cache-cache

    ou bien chercher des œufs. Puis dans les froides chambres

    ils revenaient voir les grands portraits aux yeux blancs,

    ou, sur la cheminée, de drôles coquillages.
    Et pendant ce temps les vieux parents se parlaient

    de quelque petit-fils au portrait peint à l’huile,

    disant : il était mort des fièvres typhoïdes,

    au collège. Que son uniforme lui allait !
    La mère qui vivait encore se souvenait

    de ce cher fils mort presque au moment des vacances,

    à l’époque où les feuilles épaisses se balancent

    dans les grandes chaleurs auprès des ruisseaux frais.
    Pauvre enfant ! — disait-elle — il aimait tant sa mère,

    il évitait toujours de faire de la peine.

    Et elle pleurait encore en se rappelant

    ce pauvre fils très simple et bon, mort à seize ans.
    Maintenant la mère est morte aussi. Que c’est triste.

    C’est triste comme mon cœur par ce jour de pluie,

    et comme cette grille où les pavots roses plient

    sous l’eau de pluie lourde qui luit et qui les pourrit. Continuer la lecture

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  • Un jeune homme…

    À Gustave Kahn.
    Un jeune homme qui a beaucoup souffert

    traverse la place du hameau vert.

    La chaleur est immense. Il passe devant

    l’auberge et une modeste grille

    où s’entortillent des roses et de la vigne.
    La douce hirondelle poursuit les guêpes

    dans le silence. C’est l’heure des vêpres.
    Il entre doucement, sans être aperçu,

    dans l’église pauvre où les voix aiguës

    des Filles de Marie font un chant frais.
    Au dehors, silence. La vieille forêt

    où dorment les écureuils et les piverts

    rappelle ces beaux dessins qui ornent

    quelque botanique d’une autre époque

    donnée en prix à des personnes mortes.
    Le jeune homme voit dans le banc,

    qui luit d’ombre douce, de vieux paysans.

    Il voit l’autel pâle aux belles fleurs peintes,

    le curé chantant et les belles teintes

    que la lumière jette sur les dalles.
    Une jeune fille qui est très belle,

    sous le jour d’un vitrail est violette.
    Ce jeune homme sort des vêpres ému

    par la piété de la jeune fille.

    C’est une jeune fille de bonne famille

    qui habite une vieille maison perdue

    sous des arbres, avec son père et sa mère.
    Le jeune homme dont la vie a été amère

    revient plusieurs fois à ces mêmes vêpres.

    Il devient pieux. Il est présenté

    aux parents de la jolie jeune fille

    par le vénérable et bon curé.
    Bientôt les deux jeunes gens sont fiancés

    et, le soir, quand le jeune homme y a dîné,

    ils vont tous les deux se promener

    le long des fleurs en nuit dans les allées.
    Il dit : je vous aime. Alors elle est heureuse.
    Un rossignol enchante la nuit amoureuse,

    musicale chose pluvieuse,

    et son chant délicieux se mêle au

    parfum des iris et à la chanson de l’eau.
    Ainsi va la vie. Ils furent mariés

    par le bon curé quelques jours après.
    Et le jeune homme au cœur malheureux

    fut guéri pour toujours, et pieux.
    Mars 1897. Continuer la lecture

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  • La nuit du 15 novembre

    Paroles : Félix Leclerc.
    Musique : Félix Leclerc et François Dompierre.

    Salut, salut les enfants
    Que faites-vous dehors
    À la barre du jour?

    On regarde les arbres
    Les nuages, les murs
    Monts, plaines et villes
    Le pays est à nous
    Le pays est à nous
    Nous ont dit nos parents

    Salut, madame, salut
    En pleine nuit dehors
    Que faites-vous toute seule?

    J’avais un rendez-vous
    Il est là, il est venu
    C’est une affaire d’amour
    Qui commence entre nous
    Laissez-nous, laissez-nous
    Charnellement à lui
    Il me possède enfin
    L’amant que j’attendais

    Salut, salut grand-père
    Deux heures du matin
    Et vous ne dormez pas?

    J’acclame dans mon coeur
    Le géant qui se lève
    Si j’avais mes vingt ans
    J’irais danser devant
    Content je meurs
    Éteignez la bougie

    Salut, salut professeur
    Voyez-vous pas qu’il neige?
    Vous êtes tête nue

    Oui, chapeau à la main
    C’est pour le saluer
    Lui offrir mes services
    Je le découvre aussi
    Pour la première fois
    Lui demande pardon
    De ne pas l’avoir vu
    Avant ce jour présent
    J’en suis tout bouleversé

    Et vous, théologien
    Vous le pianiste aveugle
    Vous le voyez aussi?

    On le touche, on le palpe, on le sent
    Je lui fais une symphonie
    Moi qui ne faisais rien

    Et le théologien cherche les mots qu’il faut
    Mais n’y arrive pas
    Ne mettez pas de mots
    Laissez tonner de joie
    Six millions de poitrines
    Six millions de saluts
    Sur les deux bords du fleuve

    À partir d’aujourd’hui
    On bâtit, on bâtit
    À partir d’aujourd’hui
    On bâtit, on bâtit

    À partir d’aujourd’hui
    On bâtit, on bâtit
    À partir d’aujourd’hui
    On bâtit, on bâtit… Continuer la lecture

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  • Enfantine

    Toujours ces quatre douces têtes

    Riaient…………..

    Victor Hugo.
    Devant le grand feu vif de sarment qui pétille,

    Le père est entouré de toute sa famille :

    Les grand’mères en cheveux blancs,

    Pour qui le rude hiver de la vieillesse austère

    Jonche encore de fleurs la route solitaire

    Qu’elles parcourent à pas lents ;
    Et puis la jeune femme émue & recueillie,

    Qui lève vers le ciel sa prunelle remplie

    D’un bonheur profond & complet,
    Et presse à son sein nu, chaste & fière nourrice,

    Son dernier nouveau-né dont l’indolent caprice

    Laisse fuir les gouttes de lait ;
    Au milieu, les enfants gracieux & candides

    Qui gazouillent, avec de beaux rires splendides,

    Leurs petites chansons d’oiseaux.

    Ils sont là tous les trois, blondes têtes bouclées,

    Frais comme le matin sur les vertes feuillées,

    Doux comme un nid dans les roseaux !
    Sur le tapis moelleux aux fleurs arborescentes,

    Les plus grands à genoux, les lèvres frémissantes,

    Tendent leurs bras au plus petit.

    Faisant plus tendre encor leur voix déjà si douce,

    L’un l’appelle, tandis que l’autre qui le pousse

    Cent fois l’exhorte & l’avertit.
    Le petit tout ravi, la bouche toute rose

    Et tout ouverte, rit : il a bien peur, il n’ose ;

    De temps en temps il mord ses doigts ;

    Quand il semble avancer, il recule au contraire.

    « Allons, viens ! » dit la sœur, « Courage ! » dit le frère.

    Tous deux lui parlent à la fois.
    Il rit, il a bien peur, il hésite, il chancelle.

    La bûche au ventre rouge, à la vive étincelle,

    Des rideaux pourpre chaque pli ;

    L’aïeule a des éclairs sous sa paupière obscure,

    Les parents font silence & le poupon murmure

    On ne sait quoi de très-joli.
    Le petit tremble, il rit, soudain il se décide,

    Et le voici qui vient confiant & timide,

    Tout craintif & tout enhardi.

    Il s’avance d’abord lentement, puis plus vite,

    Dans les bras de sa sœur il court, se précipite

    Et tombe enfin comme étourdi.
    Un baiser le rassure, il retourne la tête

    Et vingt fois il parcourt la route déjà faite

    Avec de petits cris joyeux.

    Et le père rêveur & la mère pensive

    Sentaient tous deux alors une larme furtive

    Monter de leur cœur à leurs yeux. Continuer la lecture

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  • Ce soir, quand la ville engourdie…

    A qui je pense, hélas! Loin du toit où vous êtes ?

    Enfants, je pense à vous……

    VICTOR HUGO
    Ce soir, quand la ville engourdie

    S’éveille à l’heure où le jour fuit,

    La strada se remplit de bruit,

    Le golfe au soleil s’incendie.
    Et par l’ombre enfin enhardie,

    Dès que Venus dans le ciel luit

    Au premier souffle de la nuit

    S’ouvre la fenêtre agrandie.
    Les enfants sont là, seuls, en deuil :

    De sa frêle voix cristalline,

    Bébé chante : « A la Mergelline… »
    Ninon guette leur père au seuil,

    Et, laissant les jeux éphémères,

    Margot songe aux devoirs des mères.
    II.
    Car, ô pauvres parents navrés,

    Si l’enfant bien-aimé succombe,

    Vous suivez presque la colombe

    Dans son vol aux cieux azurés,
    Et vous savez que vous irez

    Rouvrir bientôt pour vous sa tombe ;

    Mais, quand c’est la mère qui tombe

    Laissant les siens désespérés…
    Celui qu’un tel chagrin dévore,

    En deuil aussi, plus seul encore,

    Au retour sonde l’horizon.
    Père, époux, sa peine est pareille :

    Ses enfants, nul ne les surveille,

    Et plus de femme à la maison ! Continuer la lecture

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  • Le salon

    La poussière s’étend sur tout le mobilier,
    Les miroirs de Venise ont défleuri leur charme ;
    Il y rôde comme un très vieux parfum de Parme,
    La funèbre douceur d’un sachet familier.

    Plus jamais ne résonne à travers le silence
    Le chant du piano dans des rythmes berceurs,
    Mendelssohn et Mozart, mariant leurs douceurs,
    Ne s’entendent qu’en rêve aux soirs de somnolence.

    Mais le poète, errant sous son massif ennui,
    Ouvrant chaque fenêtre aux clartés de la nuit,
    Et se crispant les mains, hagard et solitaire,

    Imagine soudain, hanté par des remords,
    Un grand bal solennel tournant dans le mystère,
    Où ses yeux ont cru voir danser les parents morts.

    Motifs poétiques Continuer la lecture

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  • Si la perte des tiens, si les pleurs de ta mère

    Si la perte des tiens, si les pleurs de ta mère,
    Et si de tes parents les regrets quelquefois,
    Combien, cruel Amour, que sans amour tu sois,
    T’ont fait sentir le deuil de leur complainte amère :

    C’est or qu’il faut montrer ton flambeau sans lumière,
    C’est or qu’il faut porter sans flèches ton carquois,
    C’est or qu’il faut briser ton petit arc turquois,
    Renouvelant le deuil de ta perte première.

    Car ce n’est pas ici qu’il te faut regretter
    Le père au bel Ascagne : il te faut lamenter
    Le bel Ascagne même, Ascagne, ô quel dommage !

    Ascagne, que Caraffe aimait plus que ses yeux :
    Ascagne, qui passait en beauté de visage
    Le beau coupier troyen qui verse à boire aux dieux.

    Les Regrets Continuer la lecture

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  • Septembre

    À Paul Claudel.
    Le mois de Septembre, expliquent les savants

    qui ont des bonnets carrés pour voir s’il fait du vent,

    est soumis au régime de la Balance.

    À cette époque, les bateaux sur la mer dansent

    furieusement. Les livres parlent d’équinoxe.

    J’en ai même vu un où sont des PARADOXES,

    des écliptiques, des zodiaques et des reflux

    qui expliquent la terre au moment de Septembre.
    C’est d’une grande poésie et, dans ma chambre,

    j’ai vu sur le papier des ronds blancs et noirs,

    avec des rubans et des rayons emplis d’astres.

    Et cela fait penser à Christophe Colomb,

    ce fou sublime qui allait devant lui,

    et qu’un méchant roi a mis en prison

    parce que l’ingratitude est la sœur de la jalousie.

    Maintenant je chanterai les animaux de ce mois,

    qui sont les mêmes que ceux des autres, je le crois,

    mais je ne nommerai que les principaux,

    à cause du papier qui coûte cher aux poètes.
    Muse ! Inspire-moi et que le simple pipeau

    où je m’essaie enchante aux rives de ces eaux

    les poètes amis qui président aux luttes.
    L’âne, aux longues oreilles, baisse la tête.

    Les paysans aisés lui fichent des culottes,

    car le mois de Septembre est couronné d’abeilles

    qui dorent la grappe gluante de la treille,

    puis s’envolent et piquent les pauvres aliborons.
    Le coq, pressé, luit et monte à califourchon

    sur la poule pour qu’elle fasse des œufs.

    Il s’éveille dès l’heure où, remontant aux cieux,

    le soleil, dissipant les brouillards de l’aurore,

    emplit de majesté la campagne sonore.
    Le bœuf lent, que l’on vit dans les fêtes antiques,

    est utile entre tous à nos us domestiques.

    On voit sa bonne tête et son goitre bougeant

    quitter l’étable ombreuse et, des crottes aux cuisses,

    il s’achemine vers l’horizon d’un bleu d’argent,

    précédé du troupeau naïf des roses génisses.
    Autre animal : sur l’eau, la libellule bleue

    vibre immobilement près d’un jonc coupé en deux.
    La chèvre, à la barbe en pointe, au corps noueux,

    au poil rude : elle broute, près des fossés poudreux,

    les vignes sauvages avec un bruit de ciseaux.
    Les brebis sont devant le berger :

    sur elles on dirait toujours qu’il a neigé.

    Le chien qui les garde est très agité.

    Il gambade et l’on voit sous le bras du berger,

    comme une loque, un agneau nouveau-né

    qu’essaie de lécher sa mère sanglante.
    Le cochon : on le voit, sur le fumier des fermes,

    renifler quelque pelure de pomme de terre.

    Il est aussi ridicule, aussi laid qu’on voudra,

    mais personne au monde ne m’empêchera

    de frissonner, lorsqu’on le saigne, et qu’on entend

    sortir un cri aigu et long, de temps en temps,

    de son pauvre gros cou saigné par une brute,

    et qu’il ferme les yeux et tord son groin

    sanglant pour demander pitié à l’homme

    qui a seul une âme et de la pitié — en somme.
    Aux fils du télégraphe, on voit les hirondelles

    qui font rêver d’amour les chastes demoiselles.
    Ane, bœuf, cochon, génisses, d’autres, je les ai vus

    bien souvent au marché d’Orthez, au crépuscule

    de Septembre, quand le soleil, sombrant sur les auberges,

    faisait luire au loin les ardoises et les verres.

    Les voix qui discutaient faisaient remuer l’ombre.

    Les paysans étaient grandis par les aiguillons.

    Les chars criaient, écailleux de boue, ébranlés.

    Des faucheurs essayaient des faux sur un pavé.

    Des bouviers essayaient le son rauque des cloches.

    Des cuves qui puaient la figue étaient traînées

    vers les pressoirs pleins de nuit.
    Et, alors, j’ai pensé,

    les larmes aux yeux, par ces beaux soirs de Septembre,

    que le Bon Dieu est au Ciel ; qu’il me faudra quitter,

    un jour ou l’autre, le calme de ma petite chambre ;

    que je devrai m’en aller là où sont les domestiques

    et les purs, non point orgueilleusement

    comme un Christophe Colomb à travers les éléments,

    mais tout bonnement et tout simplement,

    comme je fais ces vers, et donnant à des parents

    la main comme quand j’étais un tout petit

    et que, pour marcher, je devais courir,

    et que je pleurais, ô mon Dieu ! sans savoir pourquoi

    et sans savoir sur qui, et sans savoir de quoi.
    Qu’importent donc Septembre et sa faune et sa flore ?

    Qu’importent donc hiver, printemps, été, automne ?

    Qu’importe que l’on sème, avec les amandiers,

    les pâles cerisiers et les abricotiers ?

    Qu’importent les produits pour le printemps prochain ?

    Qu’importent du persil et du cerfeuil les graines,

    le céleri qu’on butte et la laitue amère,

    s’il faut mourir ?
    J’aurai passé sur la terre,

    et l’on m’aura appelé sceptique et poète,

    parce que j’aurai ri à force de pleurer,

    parce que j’ai compris que Dieu est si grand

    qu’il faut nous dédaigner devant lui en riant.
    Ô Muse ! Apaise un cœur douloureux. Si ma cendre

    doit un jour retourner aux vignes de Septembre :

    fais, du sang de mon cœur, naître une grappe d’or,

    douce à la grive agile et pépieuse. Mais encore :

    que la fille qui passera, un jour, auprès, la cueille

    et la mange, en riant, sans penser au tombeau

    où mon cœur dormira éternellement beau.

    Qu’elle la mange et dise à ses amies : Septembre,

    cette année, a mûri longuement ces grains d’ambre,

    j’ai mangé cette grappe douce, et suis contente.
    Et maintenant, amis, c’est à vous de gonfler

    à vos pipeaux, vos joues aimées des belles filles.

    Je me rends : car, déjà, par l’azur des charmilles,

    ainsi que des oiseaux, sortent vos notes tendres.

    Allez. Chantez les mois qui ne sont pas Septembre.

    1897. Continuer la lecture

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  • A l’école

    A l’ombre des grands marronniers
    A l’école

    A lait colle

    Enfant poisse

    Le cahier

    Le cas lié

    L’écolier

    Mue
    A l’école

    Crayon

    Craie

    Crissant

    Cassant
    A l’école

    Les enfants

    En fond

    Sonnent
    A l’école

    Les enfants

    Mettent

    Leurs cartables

    Cartes

    Sur table
    A l’école

    Les enfants

    Accomplissent

    Leur devoir

    De voir

    Leur maitresse

    Qui caresse

    L’espoir

    De voir

    Qu’ils plissent

    Dans l’espace

    De réussite

    et

    Se hissent

    Haut
    Tout haut

    A la cime

    Du marronnier

    De la cour
    A l’école

    Les enfants

    Hissés ho !

    Osent pas
    A l’école

    Les enfants

    Apprennent

    Les dits

    Les dix

    Les dires

    Les diplômes
    A l’école

    Les enfants

    Lisent

    Dico-diplo

    Diplo-docus
    A l’école

    Les enfants

    Lissent

    Ont des dix

    Plots
    A l’école

    Les enfants

    Louchent

    Partent

    Les enfants

    Louchent

    Sur la feuille du voisin
    A l’école

    Les enfants

    Apprennent

    Happent

    Prennent
    A l’école

    Les enfants

    Aptes

    Prennent

    Les enfants inaptes,

    Peinent.
    A l’école

    Les enfants

    Donnent

    Leur coeur

    Corps

    A la maitre
    Peignés

    Cartablés

    Attablés

    Assis surtout
    L’école peine
    Ceux qui n’y vont pas

    Ceux qui n’y vont plus
    L’école nostalgie

    L’école espoir

    L’école des petits

    L’école des grands

    Des grands espoirs
    L’école dessine

    Dessine les rêves

    Des signes de rêves
    A l’école

    Les têtes s’échappent

    Echafaudent

    Par-dessus le mur

    A travers la fenêtre
    A l’école

    La cime du marronnier

    Balance,

    Reflète

    Des lueurs

    D’ailleurs
    A l’école

    Les arbres de la cour

    Leurs racines soulèvent le goudron

    La pluie entre dans les trous

    De petits lacs

    Des océans

    Giclant sous les baskets

    Pantalons tachés

    Mamans ridées
    L’école efface

    La craie lue

    Le tableau

    Las
    A l’école les enfants pattes,

    Les enfants potes,

    Complottent

    Carambars

    Caries en barre
    A l’école

    Les notes

    Les points

    Les frises

    Les fraises tagada
    L’école se bat

    Combat lourd

    Classes vides

    Parents énervés
    L’école perdue

    Où nous n’irons plus
    L’école finie

    C’est l’été,

    Ecoliers, enfants,

    Disparus.

    Le cancre et le fayot,

    Enfants tout court,

    Enfants de tout coeur.
    C’est la rentrée

    Grands traits

    Petits carreaux

    Les fournitures

    Nourritures
    Le diplôme

    Les dits plots

    me

    paumé
    Réussite
    Raie

    Hue

    Cite

    Rehausse

    Le ton

    Rehausse

    toi
    A l’école

    Les adolescents

    Le corps grandissant

    Pointe le sein

    Pousse la fesse
    A l’école

    Le bahut

    Le patin

    Les joints
    A l’école

    Des nouveaux

    Des petits

    Prennent cahiers

    Prennent notes
    A l’école

    Sachez

    Les petits

    Prendre rêves

    Aussi.
    Adieu les petits

    Adieu l’école
    Maëlle Ranoux Continuer la lecture

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  • Oceano nox

    Oh ! combien de marins, combien de capitaines
    Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
    Dans ce morne horizon se sont évanouis !
    Combien ont disparu, dure et triste fortune !
    Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
    Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

    Combien de patrons morts avec leurs équipages !
    L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
    Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
    Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
    Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
    L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

    Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
    Vous roulez à travers les sombres étendues,
    Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
    Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
    Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
    Ceux qui ne sont pas revenus !

    On s’entretient de vous parfois dans les veillées.
    Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
    Mêle encor quelque temps vos noms d’ombre couverts
    Aux rires, aux refrains, aux récits d’aventures,
    Aux baisers qu’on dérobe à vos belles futures,
    Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

    On demande : Où sontils ? sontils rois dans quelque île ?
    Nous ontils délaissés pour un bord plus fertile ?
    Puis votre souvenir même est enseveli.
    Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire.
    Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
    Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

    Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
    L’un n’atil pas sa barque et l’autre sa charrue ?
    Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur,
    Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
    Parlent encor de vous en remuant la cendre
    De leur foyer et de leur coeur !

    Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
    Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
    Dans l’étroit cimetière où l’écho nous répond,
    Pas même un saule vert qui s’effeuille à l’automne,
    Pas même la chanson naïve et monotone
    Que chante un mendiant à l’angle d’un vieux pont !

    Où sontils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
    O flots, que vous savez de lugubres histoires !
    Flots profonds redoutés des mères à genoux !
    Vous vous les racontez en montant les marées,
    Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
    Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!

    Les rayons et les ombres Continuer la lecture

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