Poésie, poètes, ressources et plus

  • C’est fait de mes Destins…

    C’est fait de mes Destins ; je commence à sentir

    Les incommodités que la vieillesse apporte.

    Déjà la pâle mort, pour me faire partir,

    D’un pied sec et tremblant vient frapper à ma porte.
    Ainsi que le soleil sur la fin de son cours

    Paraît plutôt tomber que descendre dans l’Onde ;

    Lorsque l’homme a passé les plus beaux de ses jours

    D’une course rapide il passe en l’autre Monde.
    Il faut éteindre en nous tous frivoles désirs,

    Il faut nous détacher des terrestres plaisirs

    Où sans discrétion notre appétit nous plonge.
    Sortons de ces erreurs par un sage Conseil ;

    Et cessant d’embrasser les images d’un songe,

    Pensons à nous coucher pour le dernier sommeil. Continuer la lecture

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  • Enfantine

    Toujours ces quatre douces têtes

    Riaient…………..

    Victor Hugo.
    Devant le grand feu vif de sarment qui pétille,

    Le père est entouré de toute sa famille :

    Les grand’mères en cheveux blancs,

    Pour qui le rude hiver de la vieillesse austère

    Jonche encore de fleurs la route solitaire

    Qu’elles parcourent à pas lents ;
    Et puis la jeune femme émue & recueillie,

    Qui lève vers le ciel sa prunelle remplie

    D’un bonheur profond & complet,
    Et presse à son sein nu, chaste & fière nourrice,

    Son dernier nouveau-né dont l’indolent caprice

    Laisse fuir les gouttes de lait ;
    Au milieu, les enfants gracieux & candides

    Qui gazouillent, avec de beaux rires splendides,

    Leurs petites chansons d’oiseaux.

    Ils sont là tous les trois, blondes têtes bouclées,

    Frais comme le matin sur les vertes feuillées,

    Doux comme un nid dans les roseaux !
    Sur le tapis moelleux aux fleurs arborescentes,

    Les plus grands à genoux, les lèvres frémissantes,

    Tendent leurs bras au plus petit.

    Faisant plus tendre encor leur voix déjà si douce,

    L’un l’appelle, tandis que l’autre qui le pousse

    Cent fois l’exhorte & l’avertit.
    Le petit tout ravi, la bouche toute rose

    Et tout ouverte, rit : il a bien peur, il n’ose ;

    De temps en temps il mord ses doigts ;

    Quand il semble avancer, il recule au contraire.

    « Allons, viens ! » dit la sœur, « Courage ! » dit le frère.

    Tous deux lui parlent à la fois.
    Il rit, il a bien peur, il hésite, il chancelle.

    La bûche au ventre rouge, à la vive étincelle,

    Des rideaux pourpre chaque pli ;

    L’aïeule a des éclairs sous sa paupière obscure,

    Les parents font silence & le poupon murmure

    On ne sait quoi de très-joli.
    Le petit tremble, il rit, soudain il se décide,

    Et le voici qui vient confiant & timide,

    Tout craintif & tout enhardi.

    Il s’avance d’abord lentement, puis plus vite,

    Dans les bras de sa sœur il court, se précipite

    Et tombe enfin comme étourdi.
    Un baiser le rassure, il retourne la tête

    Et vingt fois il parcourt la route déjà faite

    Avec de petits cris joyeux.

    Et le père rêveur & la mère pensive

    Sentaient tous deux alors une larme furtive

    Monter de leur cœur à leurs yeux. Continuer la lecture

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  • Ariane

    Et Dionysos aux cheveux d’or épousa la blonde Ariadnè, fille de Minos, et il l’épousa dans la fleur de la jeunesse, et le Kroniôn la mit à l’abri de la vieillesse et la fit Immortelle.
    Hesiode, Théogonie. Trad. Leconte de Lisle.
    Dans Naxos, où les fleurs ouvrent leurs grands calices

    Et que la douce mer baise avec des sanglots,

    Dans l’île fortunée, enchantement des flots,

    Le divin Iacchos apporte ses délices.
    Entouré des lions, des panthères, des lices,

    Le Dieu songe, les yeux voilés et demi-clos ;

    Les Thyades au loin charment les verts îlots

    Et de ses raisins noirs ornent leurs cheveux lisses.
    Assise sur un tigre amené d’Orient,

    Ariane triomphe, indolente, et riant

    Aux lieux même où pleura son amour méprisée.
    Elle va, nue et folle et les cheveux épars,

    Et, songeant comme en rêve à son vainqueur Thésée,

    Admire la douceur des fauves léopards. Continuer la lecture

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  • Pas plus que montagnes de glace

    Pas plus que montagnes de glace
    La haine en ces lieux où tout fond
    Ne saurait se faire une place.

    Puits d’amour le puits peu profond
    Où niche barbouillé de crème
    Le mensonge, enfant trop gâté.

    Troublentils le ciel de ce thé,
    Les laiteux nuages que j’aime ?
    Peu dangereux sont ces orages.

    Et seulement de chocolat
    L’éclair n’annonce rien. Aussi
    Ne ride nos fronts nul souci.

    (Seule image de la vieillesse
    Si dans son pot le lait se plisse)
    Mais votre coeur sous mon regard,

    Comme sous celui du soleil
    Une glace aux fraises s’effondre,
    Votre coeur est en train de fondre.

    Poèmes inédits Continuer la lecture

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  • Marie, à tous les coups vous me venez reprendre

    Marie, à tous les coups vous me venez reprendre
    Que je suis trop léger, et me dites toujours,
    Quand je vous veux baiser, que j’aille à ma Cassandre,
    Et toujours m’appelez inconstant en amours.

    Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds
    Qui n’osent en cent lieux neuve amour entreprendre.
    Celuilà qui ne veut qu’à une seule entendre,
    N’est pas digne qu’Amour lui fasse de bons tours.

    Celui qui n’ose faire une amitié nouvelle,
    A faute de courage, ou faute de cervelle,
    Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieux.

    Les hommes maladifs, ou matés de vieillesse,
    Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse
    Qui n’est point éveillée, et qui n’aime en cent lieux.

    Second livre des Amours Continuer la lecture

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  • Tu te verras ton ivoire crêper

    Tu te verras ton ivoire crêper
    Par l’outrageuse et tardive vieillesse.
    Lors sans pouvoir en rien participer
    D’aucune joie et humaine liesse,
    Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
    Que la pitié n’a su à soi ployer
    Ni du travail qu’on m’a vu employer
    A soutenir mes peines éphémères
    Comme Apollon, pour mériter loyer,
    Sinon rameaux et feuilles très amères.

    Délie Continuer la lecture

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  • Myrrhe bruloit jadis d’une flamme enragée

    Myrrhe bruloit jadis d’une flamme enragée,
    Osant souiller au lict la place maternelle
    Scylle jadis tondant la teste paternelle,
    Avoit bien l’amour vraye en trahison changée.

    Arachne ayant des Arts la Deesse outragée,
    Enfloit bien son gros fiel d’une fierté rebelle :
    Gorgon s’horrible bien quand sa teste tant belle
    Se vit de noirs serpens en lieu de poil chargée :

    Medée employa trop ses charmes, et ses herbes,
    Quand brulant Creon, Creuse, et leurs palais superbes
    Vengea sur eux la foy par Jason mal gardée

    Mais tu es cent fois plus, sur ton point de vieillesse
    Pute, traîtresse, fiere, horrible, et charmeresse
    Que Myrrhe, Scylle, Arachne, et Meduse, et Medée.

    Contr’amours Continuer la lecture

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  • Pourrières

    Un vieux clocher coiffé de fer sur la colline.
    Des fenêtres sans cris, sous des toits sans oiseaux.
    D’un barbaresque Azur la paix du Ciel s’incline.
    Soleil dur ! Mort de l’ombre ! Et Silence des Eaux.

    Marius ! son fantôme à travers les roseaux,
    Par la plaine ! Un son lent de l’Horloge féline.
    Quatre enfants sur la place où l’ormeau perd ses os,
    Autour d’un Pauvre, étrange, avec sa mandoline.

    Un banc de pierre chaud comme un pain dans le four,
    Où trois Vieux, dans ce coin de la Gloire du Jour,
    Sentent au rayon vif cuire leur vieillesse.

    Babet revient du bois, tenant sa mule en laisse.
    Noir, le Vicaire au loin voit, d’une ombre au ton bleu,
    Le Village au soleil fumer vers le Bon Dieu.

    Premiers poèmes Continuer la lecture

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  • Sur un mai

    Ce mai que j’ai planté, belle pour qui j’endure
    Et qui trop m’avez fait endurer sans raison,
    Quelque chose a de vous : je fais comparaison
    De votre beauté jeune à sa belle verdure.
    Le chêne est un dur arbre, et vous êtes bien dure :
    Vous n’êtes moins que bois sourde à mon oraison :
    Le mai sert de parer l’amoureuse saison :
    Ainsi fait le jeune âge, âge qui si peu dure,
    Sîtot que, de ce mai, l’honneur sera séché
    Pour le jeter au feu il sera détranché :
    Vous pouvez de ceci votre aventure apprendre,
    Si, jeune, vous n’aimez, amour, pour vous punir,
    Lorsque vous sentirez la vieillesse venir,
    De regret et de deuil vous doit tourner en cendre. Continuer la lecture

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  • Thaliarque

    (Études latines, III)

    Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
    Le vin scellé quatre ans dans l’amphore rustique ;
    Laisse aux Dieux d’apaiser la mer et l’orme antique,
    Thaliarque ! Qu’un beau feu s’égaye en ton foyer ;

    Pour toi, mets à profit la vieillesse tardive :
    Il est plus d’une rose aux buissons du chemin.
    Cueille ton jour fleuri sans croire au lendemain ;
    Prends en souci l’amour et l’heure fugitive.

    Les entretiens sont doux sous le portique ami ;
    Dans les bois où Phoebé glisse ses lueurs pures,
    Il est doux d’effleurer les flottantes ceintures
    Et de baiser des mains rebelles à demi.

    Poèmes antiques Continuer la lecture

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